Claire Voisin reçoit la médaille d’or 2016 du CNRS

Claire Voisin montre sa médaille d'or du CNRS 2016

Claire Voisin, mathématicienne émérite, spécialiste de géométrie algébrique, est la lauréate 2016 de la médaille d’or du CNRS, la plus haute distinction scientifique en France. La prestigieuse récompense lui a été remise mercredi 14 décembre, dans le Grand Amphithéâtre en Sorbonne, par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. La cérémonie s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles Gilles Pécout, recteur de la région académique Île-de-France, recteur de l’académie de Paris, chancelier des universités et Alain Fuchs, président du CNRS.

De gauche à droite, lors de la remise de la médaille d'or 2016 du CNRS en Sorbonne : Alain Fuchs, Najat Vallaud-Belkacem, Claire Voisin et Thierry Mandon

De gauche à droite, Alain Fuchs, Najat Vallaud-Belkacem, Claire Voisin et Thierry Mandon.


Claire Voisin ou la poésie de l’abstraction mathématique

Claire Voisin au pupitre lors de la cérémonie de remise de sa médaille d'or 2016 du CNRS en Sorbonne

Claire Voisin lors de son discours.

À seulement 54 ans, Claire Voisin a une carrière exceptionnelle qui lui a valu de très nombreuses distinctions, de la médaille de bronze du CNRS (en 1988) à la fameuse médaille d’or en passant par celle d’argent, par le prix Sophie Germain, le prix Clay et bien d’autres. Malgré une appétence marquée pour la philosophie, la poésie (notamment Charles Baudelaire et Philippe Jaccottet) et la peinture, l’amour des maths la mène rapidement vers l’École normale supérieure de Sèvres donp ellg yntègre la section sciences, en 1981. Agrégée de mathématiques à 21 ans, elle soutient sa thèse à l’université Paris-Sud trois ans plus tard. Dans la foulée, le CNRS la recrute. Elle y poursuit sa carrière durant une trentaine d’année, d’abord à Orsay puis à l’Institut de mathématiques de Jussieu (CNRS/Université Paris Diderot/UPMC). Entre 2007 et 2009, Claire Voisin se consacre à ses recherches au sein de l’Institut des hautes études scientifiques avant d’être élue membre de l’Académie des sciences en 2010. Elle a également été professeur à temps partiel à l’École polytechnique de 2012 à 2014. Enfin, depuis le 2 juin 2016, Claire Voisin est titulaire de la chaire Géométrie algébrique du Collège de France, devenant la première mathématicienne à intégrer cette prestigieuse institution. Une année 2016 qui vient consacrer une vie de recherches de pointe.

Claire voisin a en effet développé, tout au long de sa carrière, des mathématiques abstraites, à la frontière de plusieurs domaines de connaissances. Si son champ de recherches principal est la géométrie algébrique – l’étude des propriétés des ensembles définis par un système d’équations algébriques –, elle a construit nombre de passerelles avec deux autres domaines des mathématiques : la topologie et la géométrie complexe. Elle a ainsi consacré – et consacre toujours – une importante partie de son travail à la théorie de Hodge, un outil qui permet d’étudier la topologie des variétés algébriques complexes. Dans ce cadre, elle a notamment construit des contre-exemples à la conjecture de Hodge – qui figure parmi les problèmes du millénaire, célèbre ensemble de sept défis mathématiques réputés insurmontables – dans le cadre des variétés kählériennes compactes, un type particulier de variétés différentielles complexes.

Claire Voisin : la force de l’abstraction. Un film d’Alexandra Ena © CNRS Images.

Un autre de ses résultats parmi les plus importants a trait au théorème de Kodaira sur les surfaces. Claire Voisin a démontré en 2005 qu’il n’est pas généralisable à toute dimension : la topologie permet de distinguer en dimension supérieure à quatre les variétés projectives des variétés kählériennes compactes. Une conclusion qui a ouvert de nouveaux champs de recherche en mathématiques, tout comme ses travaux actuels sur les invariants birationnels qui ont permis des avancées majeures dans l’analyse du problème de Lüroth et ses variantes.

Mais après tout, comme le confie la mathématicienne, « Une variété hyperkählérienne, notion abstraite pour la plupart des gens, c’est pour moi bien plus réel qu’une marque de voiture. ». Claire Voisin, artiste des maths, manie ce faisceau de notions extrêmement complexes comme le poète jongle avec les mots pour leur donner un sens nouveau. Comme le disait Léopold Sédar Senghor, cité par Najat Vallaud-Belkacem dans son discours : « les mathématiques sont la poésie des sciences ».

La médaille d’or du CNRS, plus haute distinction scientifique en France

La médaille d’or du CNRS distingue chaque année, depuis sa création en 1954, l’ensemble des travaux d’une personnalité scientifique qui a contribué de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement de la recherche française. De fait, elle vient souvent récompenser des pionniers dans leur domaine, appelés aux plus hautes distinctions mondiales : sur 68 lauréats, 11 ont aussi reçu un prix Nobel (tel que Jules Hoffman, lui aussi biologiste, récompensé en 2011) et 2 la médaille Fields. Cette année ne déroge pas à la règle en consacrant celle que son directeur de thèse, Arnaud Beauville, professeur émérite au laboratoire J.-A. Dieudonné/université de Nice Sophia Antipolis, décrit ainsi : « le mot qui me vient d’abord à l’esprit au sujet de Claire, c’est l’exigence. Avec elle-même d’abord : ses exposés, cours, articles, sont toujours très travaillés et formellement impeccables, d’une densité incroyable […] Exigeante avec les autres aussi. »

Une exigence qui porte ses fruits, comme en témoigne François Charles, professeur à l’université Paris-Sud Orsay, qui a lui soutenu sa thèse sous la direction de Claire Voisin : « Cette médaille d’or récompense certes les travaux de Claire, mais aussi sans doute sa grande générosité envers ses collègues. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’idées, beaucoup d’intuitions et qui n’hésite jamais à les partager. Elle joue de ce fait un rôle très important dans la communauté. Je lui dois beaucoup scientifiquement. »

La médaille d'or 2016 du CNRS lors de sa remise en Sorbonne à Claire Voisin.

Un autre éminent mathématicien, Henri Poincaré, disait dans « La Valeur de la science » : « La pensée n’est qu’un éclair au milieu de la nuit. Mais c’est cet éclair qui est tout. » Cette belle sentence illustre bien l’importance des travaux novateurs de Claire Voisin pour la recherche fondamentale bien sûr, mais aussi pour la recherche appliquée ! Comme elle le dit elle-même : « c’est vrai que nous avons l’air a priori coupés des applications… Mais tous les puissants outils théoriques que nous développons trouveront tôt ou tard une application. ». De ses recherches sur la théorie de Hodge à celles concernant le théorème de Kodaira, les résultats de Claire Voisin éclairent d’une toute nouvelle lumière ses champs de recherche.

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Remise de la médaille d'or du CNRS 2016 à Claire Voisin

Aller plus loin

Toutes les citations sont extraites du livret de la soirée de remise de la médaille d’or du CNRS 2016.

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